Bolivie, Ascension du Licancabur, Ah Si Si Si, finalement non …

Le Lundi 13 Avril, après le set réussi devant la Laguna Verde, Ah Si Si Si se sépare en deux :

-Éloi, Viaduc, Abitbol et Marion continuent l’étape en vélo jusqu’à San Pedro de Atacama à 50 Km au sud-ouest.

-Paik, Charlène, Barbie et moi trouvons un guide bolivien, prénommé Sérapio, qui accepte de nous emmener pendant la nuit au sommet du volcan Licancabur (5920 m)

 

Je vais donc vous raconter la version que j’ai vécue…

Le lundi vers 15h, nous souhaitons bon courage aux cyclistes qui continuent l’étape, et trouvons une auberge à l’entrée du parc (à 5 Km de la frontière chilienne) pour passer la nuit.

Le départ est fixé à 2h du matin. Les topos annoncent 7 à 9h de montée, 2 à 3 heures de descente.

Le Licancabur est annoncé comme une course de résistance, sans difficultés techniques particulières, mis à par la traversée de névés à 45° qui peuvent être glacés … Crampons piolets sont de rigueur l’hiver , mais nous sommes en inter-saison et le guide semble confiant sur la qualité de la neige. Il est tombé 20 à 30 cm ces derniers jours sur les sommets alentours, et la neige reste molle.

Nous rencontrons quelques français dans le refuge. 3 petits jeunes ingénieurs (ils sont partout !), et des futurs profs de sport parisiens qui ont tenté l’aventure le jour même, mais qui se sont arrêtés à 5400 m d’altitude, épuisés. Nous rencontrons également Jean, un aspirant guide de haute montagne français vivant à San Pedro de Atacama. Il nous préviens lui aussi que le Licancabur n’est pas un sommet facile en cette saison …

Bref, après une bonne soupe élaborée avec tout nos restes de légumes (aucun végétal ne peut passer la douane d’entrée au Chili), nous nous couchons ver 20h avec un peu d’appréhension, mais excités de vivre l’aventure. Le guide doit venir toquer à notre porte à 2h du matin. Pendant la nuit, on entend toquer fort. Tout le monde croit qu’il est l’heure de partir, nous commençons à nous habiller. Je regarde ma montre : il est 23h. Il s’agit d’un Bolivien qui s’est enfermé par mégarde dans sa chambre et qui demande de l’aide. Fausse alerte.

3 heures plus tard, cette fois-ci c’est la bonne. Sérapio notre guide nous attend avec un casque audio tuning et de la musique « nationale » bolivienne dans les oreilles. Nous levons le camp rapidement. Juste le temps de faire chauffer de l’eau pour démarrer le moteur, et nous voila partis en sprinter jusqu’au départ de la rando qui se situe à 4700 mètres. Le chemin est vraiment chaotique. Nous regrettons presque de ne pas avoir pris un 4×4 pour monter. A 4600, nous sommes obligés de descendre pour pousser car la pente est trop raide et le fourgon ne veut plus avancer. A chaque fois que Barbie embraye en première, le camion recule de 3 mètres. Finalement, on utilise des pierres pour caler le véhicule, Barbie fait chauffer l’embrayage, et ça repart …

1h30 pour monter 400 mètres, et nous voilà enfin (à 4h00) au départ de la marche.

 

Il fait effectivement froid. Chacun a mis toute ses couches, en moyenne 7. Nous avions tous des petit gants que nous doublons avec des paires de chaussettes. A part moi personne n’a de vrai chaussure de rando. Le guide a conseillé à Paik Barbie et Charlène de mettre un sac plastique autour de leurs chaussettes pour éviter à la neige de pénétrer (mais par peur des ampoules, personne ne l’a fait…) Malgré un rythme plutôt soutenu (600 mètres en 1h30), nous avons tous l’onglet aux pieds lorsque nous attaquons la partie enneigée. Charlène n’apprécie pas trop et laisse tomber quelques larmes. Paik commence marcher légèrement en retrait. Barbie et moi nous sentons plutôt bien. En marchant de nuit, on se rend moins compte de se que l’on fait.

Nous prenons à peine 5 minutes pour manger des galetitas et un morceau de chocolat. Le froid est vraiment intense et personne n’a envie de s’arrêter trop longtemps. Lorsque le jour commence à se lever, je m’aperçois de la pente et je me dis quand même qu’un petit piolet n’aurait pas été de trop… A beaucoup d’endroits, l’itinéraire nécessite un pas sûr. Quelques croix sur le chemin nous rappellent que nous ne sommes pas sur de la montagne à vache. La vue donne sur les lagunes en contrebas et sur une dizaine de sommets à 6000 mètres dont les neiges éternelles changent de teinte au fur et à mesure du lever du soleil. Le sentier alterne traversée de névés et pierrier glacé. Le guide commence à s’inquiéter de l’état de Paik. Son rythme ne fait que diminuer depuis 5200-5300. Lorsque nous lui demandons comment il se sent, il nous sort sa réponse préféré : « ché pas … ». Nous continuons jusqu’à 5600 environ (selon le guide), a un rythme extrêmement lent, ce qui n’aide pas Charlène à se réchauffer.

L’état de Paik nous préoccupe. Il commence à avoir envie de vomir, sa démarche est chancelante, et il semble même un peu confus dans ses propos. Le guide refuse de continuer dans ces conditions. Nous sommes tous d’accord avec lui. Je pense qu’il fait un mal aiguë des montagnes. Dommage car nous ne sommes pas si loin du sommet. On nous avait décrit un cratère et lac vert gelé, des ruines Incas et une vue panoramique complètement folle. Mais à ce moment, ça ne sert plus à rien d’en parler : il serait vraiment stupide de vouloir continuer …

Nous entamons la descente vers 8h. La face est exposée plein est, et la neige transforme rapidement, ce qui facilite la descente dans le névé. Après 2h de pierrier, nous retrouvons notre sprinter là où nous l’avions laissé.

Non loin de l’endroit où nous nous étions garé, nous observons de nombreuses ruines Incas. Les précolombiens vouaient un culte particulier aux montagnes. Des sacrifices d’enfants enterrés plus ou moins vivants étaient organisés aux sommets en l’honneur des Dieux. Lorsque l’on essai de gravir cette montagne aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi les Incas y trouvaient une dimension mystique !

Une fois redescendu, Paik se sent mieux. Nous rentrons au refuge un peu déçus de ne pas avoir pu aller au bout, mais satisfaits d’avoir tenté l’ascension.

 

Il faudra revenir !

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Le sport façon Barbie
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