Bolivie, Camino de La Muerte !

Après un week-end plutôt noctambule à La Paz, Déloi le magnifique, notre très cher « responsable programme » du mois nous propose une « petite étape de descente » …

Étape La Paz – Coroico
Date Lundi 27 Avril 2015
Conducteurs Barbie et Abitbol
Cyclistes Éloi, Viaduc, Paik, Charlène et Baptiste
Type de route Asphalte sur les 35 premiers Kms, puis chemin
Distance (km) 93
Dénivelé montée +800
Dénivelé descente -3350
Difficulté medium
Départ 12h
Arrivée 17h30
Météo Neige et pluie au dessus de 3500m, puis éclaircies et beau en dessous
Altitude 4650/1400
Nb de chutes 0
Nb de problèmes techniques 1 crevaison Eloi

L’itinéraire du jour consiste à joindre La Paz (3800-4200m) à Coroico (2100m), en empruntant le célébrissime « camino de la muerte ». Beaucoup de tour-opérateurs de La Paz proposent aux touristes de descendre ce chemin de légende, qui fut le seul accès aux forets tropicales des Yungas (et à leurs denrées rares) pendant plusieurs siècles. Le chemin a été tristement dénommé « route de la mort » parce qu’il fut pendant longtemps le chemin carrossable le plus mortel du monde. Avec près de 3000 mètres de dénivelé vertical, cette route étroite est creusée dans une roche instable et constamment détrempée. En effet, les passages nuageux provenant de l’Amazonie se trouvent bloqués juste avant La Paz et l’Altiplano par une chaine de montagne à plus de 6000m. Les précipitations dans ce secteur sont donc quasi constantes. De nombreuse cascades tombent d’ailleurs directement sur le passage des véhicules. Les camions chargés de fruits et légumes provenant des Yungas, ainsi que les bus pleins à craquer étaient les proies de glissements de terrains fréquents, parfois spontanés, parfois déclenchés par leur passage. Dans les années 80, une vingtaine de personnes y trouvaient la mort chaque mois, pour un chemin de seulement 55 Km … Les boliviens ont donc construit pendant près de 20 ans une déviation en bitume qui est ouverte depuis 2002. Après être sorti avec le camion de la banlieue de La Paz, nous parvenons rapidement au col d’accès aux Yungas à 4650m. De là, il nous reste environ 90 Km à parcourir pour arriver à Coroico. 3050 mètres de quasi pure descente jusqu’à Yolosa (1400m) en fond de vallée, puis 700 mètres de positif pour remonter au village perché de Coroico .

Le départ en vélo du col est donné sous la neige, puis la pluie glacée. Les 35 premiers Km se font sur du bitume. Après les 20 premiers lacets descendus, nous sommes tous trempés et congelés. Charlène rajoute des chaussettes sur ses gants, et Eloi a le bout du nez (soit 20 % de son volume corporel) qui devient bleu.

L’entrée de ce qu’il reste de l’ancien chemin est indiqué par un panneau « Death Road, Keep your left ! ». Il est bon de savoir lorsque l’on arrive dans les Yungas que le sens de circulation est ici modifié par le danger lié aux glissements de terrain. Les véhicules à la montée (et donc ici les plus chargés) roulent près de la roche, pendant que les véhicules qui descendent vident leurs surrénales près du précipice.

Plus nous descendons, plus la végétation devient luxuriante. Bientôt, les champs de quinoa et les grandes herbes sont remplacés par de petits arbustes puis par de grands arbres coiffés de lianes et de lichens verts et jaunes. Passé le plafond nuageux, nous apercevons d’immenses vallées verdoyantes, rainurées de cascades verticales. L’air devient plus doux, les odeurs de sève et de fleurs envahissent peu à peu nos narines. Le sifflement du vent de la montagne se change en chant d’oiseaux.Le bruit des torrents dévalant la roche nue laisse place aux bruits d’insectes toujours plus imposants. Des papillons de large envergure nous passent maintenant au dessus du guidon, on manque même d’écraser un serpent sous nos pneus. Voilà, nous rentrons dans la jungle !

Le premier à y entrer fut incontestablement Viaduc. Même si l’on sait que notre ami saxophoniste est dans cette discipline bien aidé par la gravité, on ne peut pas lui enlever le courage, ou plutôt l’intelligence fanfaronne, d’avoir voulu couper ses câbles de freins en haut du col. Une heure d’avance sur le peloton à Yolosa, quelle finesse !

Derrière, Charlène, Camille, Eloi et moi prenons le temps d’admirer le paysage. Eloi éclate littéralement un pneu sur un caillou aux deux tiers du chemin. La réparation est un peu compliquée : nous ajoutons une couche de tissu et de super glu à l’intérieur du pneu pour protéger la chambre à air d’une nouvelle crevaison. Au moment de repartir, on se rend compte que la réparation fuit un peu. Eloi, souvent le plus prudent en descente de nous tous, accélère sensiblement pour éviter de regonfler toute les dix minutes …

Peu avant la fin de la descente, nous payons un « droit de passage » 25 bolivianos (4 euros) pour avoir emprunté la fameuse route.

Arrivés à Yolosa, nous croisons quelques touristes qui sont arrivés en vélo avant nous. Ils sont tous descendus avec des VTT tout-suspendus. C’est vrai que sans fourche télescopique à l’avant du vélo, on a un peu mal aux poignets à la fin … Les touristes remontent directement de Yolosa à La Paz en 4×4. Nous, nous montons à Coroico en vélo. Et cette dernière montée pique un peu les cuisses en fin de journée … Mais nos globules rouges sont en forme après tout ce temps en altitude, et nous rejoignons les camionéros au lieu de rendez-vous, un camping tout en haut du village. Le terrain est détrempé, finalement nous dormirons dans une auberge bon marché.

Le lendemain, nous partons pour Copacabana au bord du lac Titicaca. Nous reprenons donc la déviation de la route de la mort car l’itinéraire repasse obligatoirement par La Paz. Pas de chance, un glissement de terrain nous barre la route vers 10h. Pas grave, nous faisons une bonne répétition improvisée sur le bitume, au bonheur des camionneurs boliviens et des gringos bloqués en même temps que nous. Quelques heures, et quelques bananes plantain plus tard, nous repartons de bonne humeur.

La traversée de La Paz de nuit fut assez épique. Route barrée, feux de poubelles au milieu de la voie, chemins défoncés dans des quartier insalubres, chiens errants à tous les coins de rue… Eloi, l’estomac un peu patraque ce jour là, a bien failli vomir par la fenêtre. Au passage nous dinons dans un petit resto à la sortie de La Paz qui restera je pense le diner le moins cher du voyage : 5 bolivianos (80 centimes d’euros) pour un silpancho (riz-oeuf-galette de viande), Viaduc est heureux !

Vers minuit, nous trouvons au bord du lac Titicaca un petit endroit sympa pour camper à la sauvage. Le réveil est fixé à 4h30 pour prendre le bac permettant d’accéder à Copacabana le lendemain.

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Col à 4650 ...
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