Chili 2, le retour !

Après nos péripéties volcaniques du Sud Lipez Bolivien, nous prenons 2 jours à San Pedro de Atacama en espérant faire des sets de rue rentables dans cette ville extrêmement touristique, réputée la plus chère du Chili.

Bien fatigués physiquement après cette semaine de vélo en altitude, nous nous laissons tenter par un resto le premier soir (mardi 14 avril), et par une orgie de fromage chilien le mercredi soir. Après les heures passées avec les douaniers de San Pedro, nous regrettons déjà la Bolivie. Cependant, il est vrai qu’avec sa petite boulangerie française (premier pain au chocolat depuis 5 mois!) et ses fromageries, le Chili marque un point.

Le mercredi matin, nous tentons une manche sur la place centrale de San Pedro. Il fait beau et chaud, le public chilien est plus timide que le bolivien mais répond présent et nous applaudit chaudement. Nous avons un souffle infatigable après un mois en altitude. Au bout d’une sympathique demi-heure de manche, nous avons de nouveau affaire à la police chilienne. Si nous voulons continuer à jouer, il nous faut une autorisation de la municipalité. Le public manifeste son mécontentement auprès des agents, mais rien n’y fait, nous n’avons plus qu’à remballer les instruments au risque de payer une forte amende. Nous avons rencontré assez fréquemment ce type de problèmes au Chili, et chacun est déjà nostalgique de la Bolivie… L’après-midi, nous tentons quand même d’obtenir une autorisation au près de la mairie. « Veuillez remplir le formulaire B17 auprès de Paloma au deuxième étage du bâtiment E, puis le porter à Roberto dans le bureau 14 du bâtiment C, il sera en pause café dulce de leche, mais sera ravi de vous annoncer que vous avez le droit de jouer mais pas de passer le chapeau » … Bref, il faut vite partir de San Pedro si l’on ne veut pas plomber notre budget. Nous faisons donc une répétition le mercredi après-midi et préparons le départ pour le lendemain matin.

 

Jeudi, nous prenons la route pour Oruro à 1200 Km au Nord. Sur la route, nous déposons Marion à Calama à 3h de route.  Marion a été une super stagiaire pendant cette première quinzaine d’avril et nous sommes tous bien tristes de nous en séparer. Les retrouvailles sont prévu fin juin à Santiago…

Nous en profitons pour faire un set dans la rue piétonne de cette petite ville du Nord chilien. Nous arrêtons de jouer car des enfants d’une famille gitane font la manche devant nous : la situation est gênante car les enfants profitent de l’attroupement créé par notre musique pour mendier. Le public est un peu déçu de notre départ prématuré mais le cœur n’y est plus, et il nous reste 900 Km à faire. La route jusqu’à hauteur d’Iquique au Chili est un désert de sable et de roches, bordé par la cordillère à l’est et l’océan pacifique à l’ouest. Nous ne croisons pas grand-chose d’intéressant hormis des exploitations minières gigantesques.  Nous faisons un campement à la sauvage sur la route à environ 100 Km de la frontière.

Au sortir de la tente le vendredi matin, le paysage de montagnes est plutôt agréable. Nous reprenons la route avec comme objectif d’être à Oruro en Bolivie le soir même pour jouer. Malheureusement, les fonctionnaires chiliens n’en ont pas finis avec nous : le contrôle des « émissions de gaz », c’est à dire une partie du contrôle technique du véhicule n’est plus valide depuis 15 jours. Exponentiation impossible, nous devons rebrousser chemin dans la grande ville la plus proche : Iquique, à 200 Km (4h de route) à l’ouest. On est vendredi et nous avons peu d’espoir de pouvoir régler le problème le jour même. Le programme sera donc modifié !

 

Iquique est une ville chilienne d’environ 250000 habitants, prisonnière entre le pacifique et des falaises de près de 1000 mètres. Arrivés sur la rampe d’accès à la ville, nous sommes tous ébahis par son environnement à la fois hostile et spectaculaire : les impressionnantes falaises rivalisent avec une énorme dune de sable et emprisonnent Iquique contre l’océan.

Ça fait longtemps que nous n’avons pas vu de plage, finalement nous sommes pas si malheureux !

Après s’être renseigné sur les horaires d’ouverture de la mairie et des lieux possibles de contrôle technique, nous sortons les instruments et improvisons un set dans le quartier commerçant de la ville. Le public est enthousiaste. Un cycliste nous propose de lui donner un petit coup de pouce le dimanche soir en jouant pour une manifestation en l’honneur de la journée internationale du vélo. On nous conseil quelques adresses de bars où il nous serait possible de jouer pendant le week-end ainsi qu’une bonne auberge près de la plage. Nous  « envahissons » ainsi quelques heures plus tard le Backpacker’s guesthouse avec nos vélos, notre matériel de camping, nos instruments, et nos sacs biens chargés. Le lieu est effectivement une auberge bon marché et extrêmement bien tenue. Valéry, Camille, Barbie et Vincent font le tour des bars le vendredi soir et reviennent au petit matin avec quelques bons plans et des histoires de « Jack Mayol » partagés avec un certain Oscar.

Le samedi, je profite du Wi-Fi de l’auberge pour écrire les articles du Sud Lipez, pendant que Barbie s’occupe du contrôle technique, et que Viaduc fait les comptes. Charlène a décidé d’utiliser son chômage pour aller courir au bord de l’eau. Le soir, nous allons gagner notre pain quotidien en vélo dans un espèce de parc d’attraction construit en bord de mer au sud de la ville. Nous gagnons juste de quoi payer le logement et la nourriture pour le week-end. Nous tentons, emmenés par un Valéry optimiste, notre chance dans un des nombreux restaurant du littoral urbain (Bodequita National, établissement sympathique). L’acoustique est bonne, le patron est conquis, il nous offre un repas savoureux et les clients nous achètent tous des Cds. La soirée de « travail » n’est pas finie, nous allons ensuite jouer dans le bar que les « jeunes de Ah Si Si Si » ont testé la veille, le fameux « Lincoln Guachaça ». Le bar est immense et possède une belle scène centrale. Il ne nous faut pas très longtemps pour enflammer la piste de danse. Un tromboniste et un bassoniste du philharmonique de Caracas nous rejoignent pour faire le bœuf sur un morceau : mémorable ! Nous ne gagnerons pas d’argent dans cet endroit, mais je ne saurai compter le nombre de Terremotos (boisson locale traîtresse…) que le patron nous a offerts. Vers 2h du matin, un concert de salsa avec des trompettes plutôt à l’aise dans le sur-aigu prend le relais. Je vous passe les détails mais la fin de soirée fût très bonne.

Le dimanche, nous nous réveillons de manière très matinale vers 13h (sauf Charlène, qui a fait un footing), nous sommes invités à déjeuner chez des fans du bar de la veille.

Nous serons très bien reçu chez (entre autres) Nathalie et Oscar, qui vivent dans une vieille batisse en bois du centre-ville dont ils retapent le dernier étage et la terrasse plein Nord (plein soleil ici!). Plus tard dans la soirée, nous retournons en vélo chargés de nos instruments, au sud de la ville, pour  honorer la journée internationale du vélo. Les organisateurs alternent musique électronique et animation de mauvais goût au micro. Les cyclistes sont précédés de gros 4×4 tuning avec batterie boostée et mur de son façon gay-pride. Nous trouvons ça un peu bizarre et nous sentons loin de nos repères français bo-bo altermondialistes (ambiance quiche au Quinoa et j’accouche dans l’eau).

Nous rentrons plutôt fatigués à l’auberge, conscients que le lendemain la Bolivie nous attend toujours.

 

Au réveil, Charlène se décrasse en faisant de nouveau un footing. Je n’ai pas le courage de l’accompagner. Elle revient en se vantant d’avoir nagé avec un loup de mer dans le Pacifique. Je me fais donc violence et profite tout de même de la proximité de notre auberge avec la plage pour piquer une tette dans l’océan. Je n’aurais pas sa chance vis à vis des loup de mer …  Vers 10h, Barbie revient de la mairie avec les papiers du véhicule en règle. Nous prenons quelques photos du fourgon vide et tout propre pour préparer une annonce de revente, puis nous chargeons et partons en direction d’Oruro.

La route est longue mais pas inintéressante. Nous remontons la cordillère jusqu’à l’altiplano. Le passage de frontière se passe dans l’après-midi, cette fois-ci sans trop de problèmes. Nous roulons jusqu’à 1h du matin sous la pluie et sur des chemins rendus très boueux. Soudain, les passagers arrières se réveillent en sursaut. Est-ce que quelqu’un nous a tiré dessus ?! Et non, ce n’est que le pneu avant droit qui vient d’exploser . Charlène ne perd pas le contrôle alors qu’elle roule à près de 80 Km/h sur du bitume. Nous réparons et dormons un peu plus tard à la sauvage vers Toledo, un village situé à 50 Km d’Oruro dans une région plutôt marécageuse (le lac de Poopo n’est pas loin…).

Au matin, sous un soleil retrouvé, Oruro, la plus « Bolivienne » des villes Boliviennes (selon le très critiquable néanmoins pratique Lonely Planet) nous tend les bras.

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Le vin Chilien c'est bien ...
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